Vous pensez avoir trouvé les bonnes idées pour votre projet de rénovation ?

Hé non, le rôle de l’architecte d’intérieur n’est pas seulement de trouver des solutions. Mais de questionner des solutions, y compris celles qui semblent évidentes.

Rénover son intérieur : par où commencer ?

Quand on envisage de rénover ou de réaménager son intérieur, on commence souvent par chercher des idées. On regarde des réalisations, on enregistre des images, on imagine une nouvelle cuisine, une cloison que l’on pourrait déplacer, un meuble sur mesure, une couleur différente. Parfois, les idées arrivent facilement. Parfois, elles se multiplient tellement qu’il devient difficile de savoir laquelle choisir. Et parfois, aucune ne vient : on sait simplement que quelque chose ne fonctionne plus, sans parvenir à comprendre ce qu’il faudrait changer.

Dans toutes ces situations, il peut sembler logique de faire appel à un architecte d’intérieur pour trouver des solutions. Après tout, c’est son métier : imaginer des espaces, proposer des aménagements, dessiner des plans. Peut-être même vérifier que les idées que l’on a déjà sont réalisables.

Mais je crois que ce serait réduire considérablement son rôle.

Car une idée d’aménagement n’est pas forcément une réponse au problème que l’on cherche à résoudre. Elle peut être séduisante, pratique, techniquement réalisable, et pourtant ne rien changer de fondamental à la manière dont on habite. À l’inverse, une demande très simple peut cacher un besoin que l’on n’avait pas encore identifié.

Une cuisine ouverte, par exemple, peut être une façon de dire que l’on aimerait davantage partager les moments du quotidien. Un manque de rangement peut être le symptôme d’une organisation de l’espace qui ne correspond plus aux usages. Une envie de pièce supplémentaire peut parfois révéler que les pièces existantes ne sont simplement pas utilisées de la bonne manière.

C’est pourquoi, lorsque je commence à travailler sur un projet, je ne cherche pas immédiatement à apporter une idée supplémentaire. Je cherche d’abord à comprendre ce qui se passe. Comment vit-on dans cet espace ? Qu’est-ce qui fonctionne encore ? Qu’est-ce qui ne fonctionne plus ? Qu’est-ce qui a changé dans la vie des habitants ? Et surtout, qu’est-ce que la première idée ne dit pas encore ?

Mon travail n’est donc pas seulement de trouver des solutions ou d’en vérifier la faisabilité. Il consiste aussi à questionner ce qui semble aller de soi, à regarder ce que l’on ne voit plus et à faire émerger le véritable sujet du projet.

Parce qu’avant de choisir comment transformer un intérieur, il faut parfois comprendre ce que l’on cherche réellement à changer.

1-  Quand on sait seulement que quelque chose ne fonctionne plus

Certains projets commencent par une idée très précise. Mais beaucoup commencent plutôt par une sensation difficile à formuler : « quelque chose ne va plus chez nous ».

Ce sentiment peut être présent depuis longtemps. Une circulation peu pratique, une cuisine trop éloignée du séjour, une chambre dont la taille ne correspond plus à vos usages, un manque de rangement, une pièce qui ne sert presque jamais. On s’est habitué à ces petits dysfonctionnements parce qu’ils font partie du quotidien. On connaît le détour à faire pour passer d’une pièce à l’autre, le meuble qu’il faut déplacer pour ouvrir une porte, l’endroit où l’on pose provisoirement les affaires faute d’avoir trouvé une meilleure place. On ne remarque presque plus ces contraintes, parce que l’on a appris à vivre avec.

Puis, un jour, quelque chose change.

Un enfant quitte la maison, le télétravail s’installe, une nouvelle activité prend de la place, la famille s’agrandit, les habitudes évoluent. Parfois, c’est simplement l’envie de vivre autrement qui apparaît. Et ce qui fonctionnait jusque-là devient soudain moins adapté.

Le problème n’est alors pas nécessairement que la maison soit mal conçue. Elle répondait peut-être très bien à une autre période de la vie. C’est la relation entre le lieu et ceux qui l’habitent qui a changé.

Il arrive aussi que l’on soit incapable d’identifier précisément ce qui ne fonctionne pas. On sait seulement que l’on aimerait avoir davantage d’espace, davantage de lumière ou davantage de confort. Mais davantage de quoi, exactement ? Et surtout, pour faire quoi ?

C’est souvent à cet endroit que le projet commence réellement.

2-  Faut-il avoir déjà une idée pour consulter un architecte d’intérieur ?

La réponse est non. Et c’est même parfois l’inverse : on peut avoir besoin d’un architecte d’intérieur précisément parce que l’on ne sait pas encore quelle direction prendre.

J’ai récemment accompagné L. et E. dans cette situation. Ils venaient de récupérer les clés de leur nouvel appartement, un logement encore largement vide, dans lequel ils avaient déjà commencé à démolir. Sur le papier, la page blanche peut sembler idéale : tout est encore possible, rien n’est installé, aucune habitude n’est figée.

Mais une page blanche pose aussi beaucoup de questions.

Dans leur cas, une contrainte très concrète était déjà apparue : une fenêtre placée à une hauteur qui compliquait l’implantation de la cuisine telle qu’ils l’avaient imaginée. Il fallait donc réfléchir autrement. Comment organiser cette pièce ? Que permet réellement le logement ? Comment composer avec cette contrainte sans simplement la subir ?

La visite-conseil permet justement de prendre un temps de réflexion. Il ne s’agit pas forcément de partir de zéro ou d’arriver avec un projet quasiment défini. On peut venir avec une question, une difficulté, plusieurs hypothèses ou simplement le sentiment que l’on a besoin d’un regard extérieur avant de décider.

C’est d’ailleurs une situation que je rencontre régulièrement. Certains clients ont une idée très précise mais souhaitent vérifier qu’elle est pertinente. D’autres en ont plusieurs et ne savent pas laquelle privilégier. D’autres encore n’ont aucune idée particulière : ils savent seulement que leur intérieur ne correspond plus à leur vie.

Dans tous ces cas, il n’est pas nécessaire que vous ayiez déjà trouvé une solution pour commencer à réfléchir ensemble.

3-  Le premier travail : distinguer les solutions et les vrais besoins

Lorsqu’un client me dit qu’il voudrait ouvrir sa cuisine, installer une verrière, créer une suite parentale ou ajouter des rangements, je ne considère pas cette proposition comme une réponse définitive. Je l’entends d’abord comme une information.

Car derrière chaque idée se trouve souvent un besoin différent.

Pourquoi vouloir ouvrir la cuisine ? Pour gagner de la lumière ? Pour agrandir visuellement la pièce ? Pour pouvoir discuter avec les personnes installées dans le séjour pendant que l’on prépare le repas ? Pour avoir l’impression que la maison est plus conviviale ?

Pourquoi vouloir créer une chambre supplémentaire ? Pour accueillir quelqu’un ? Pour permettre à un enfant de disposer de son propre espace ? Pour travailler au calme ? Ou parce que l’on a simplement le sentiment qu’une maison familiale devrait avoir une pièce de plus ?

Pourquoi vouloir davantage de rangements ? Parce qu’il n’y a réellement pas assez de capacité de stockage ? Parce que les rangements existants sont mal répartis ? Parce que les objets n’ont pas de place définie et finissent toujours par s’accumuler au même endroit ?

Une même envie peut donc cacher des besoins très différents. Et selon la réponse, la solution d’aménagement peut changer complètement.

C’est pourquoi je préfère parfois demander : « Qu’est-ce que vous aimeriez pouvoir faire ici que vous ne pouvez pas faire aujourd’hui ? » plutôt que « Qu’est-ce que vous voulez changer ? »

La première question ouvre davantage le champ. Elle permet de parler des usages, des habitudes, des relations entre les habitants et de ce qu’ils attendent réellement de leur intérieur. Elle ne conduit pas immédiatement vers une solution.

Une idée peut être très juste. Elle peut aussi être simplement la première réponse que l’on a trouvée à une question que l’on ne s’était pas encore posée. Le rôle de l’architecte d’intérieur consiste alors moins à multiplier les idées qu’à comprendre ce qu’elles cherchent à résoudre.

4-  Visite-conseil, étude de potentiel, conception : trois niveaux d’accompagnement pour trois situations différentes

Il n’existe pas une seule manière de commencer un projet d’aménagement intérieur. Tout dépend de la situation dans laquelle on se trouve, de la question que l’on se pose et du degré de réflexion déjà engagé.

Parfois, quelques heures suffisent pour débloquer une situation. On a besoin d’un regard extérieur, d’échanger sur les usages, de comprendre ce qui pourrait être amélioré et de repartir avec des pistes plus claires. C’est le rôle de la visite-conseil : prendre du recul avant de prendre des décisions.

Parfois, la question est plus vaste. Le logement possède un potentiel que l’on ne parvient pas à percevoir, ou plusieurs possibilités d’aménagement semblent envisageables sans que l’on sache laquelle serait la plus pertinente. Une étude de potentiel permet alors d’explorer différentes hypothèses, de les dessiner et de comprendre ce qu’elles changeraient concrètement dans la manière d’habiter.

Et puis certains projets nécessitent d’aller beaucoup plus loin. Lorsque les travaux sont importants, que les décisions sont nombreuses ou que l’on souhaite être accompagné dans l’ensemble de la conception, le projet demande un travail plus approfondi.

Ces trois niveaux ne correspondent donc pas à une hiérarchie entre un petit et un grand projet. Ils répondent à des besoins différents.

On peut avoir besoin d’une visite-conseil sans jamais aller plus loin. Une étude de potentiel peut permettre de prendre une décision et de poursuivre ensuite le projet soi-même. Et une conception complète peut être nécessaire lorsque le projet devient suffisamment complexe pour que toutes les décisions doivent être pensées ensemble.

L’important est surtout de ne pas chercher à définir le projet avant d’avoir compris la question à laquelle il doit répondre.

5-  Une conception réussie donne des clés, pas seulement des plans

Il existe une partie du travail de l’architecte d’intérieur qui ne se voit pas sur les images d’un projet terminé.

Elle se trouve dans les échanges, dans l’observation, dans les questions que l’on pose, dans les hypothèses que l’on explore et parfois dans les choix que l’on écarte. Elle se trouve aussi dans la capacité à expliquer pourquoi une proposition fonctionne plutôt qu’une autre.

Un plan peut montrer qu’une cloison a été déplacée. Il ne dit pas nécessairement pourquoi. Une perspective peut montrer une cuisine installée à un endroit précis. Elle ne permet pas toujours de comprendre les usages qui ont conduit à cette implantation.

Pourtant, ces raisons sont essentielles.

Lorsqu’un client comprend pourquoi une circulation a été modifiée, pourquoi une pièce a changé de fonction, pourquoi un rangement se trouve à cet endroit plutôt qu’à un autre, il ne reçoit pas simplement une solution : il comprend le raisonnement qui a conduit à cet aménagement. Et cette compréhension lui permet ensuite de décider.

C’est une dimension de mon métier à laquelle je tiens particulièrement. Je ne cherche pas à créer un concept dont chaque élément devrait être reproduit à la lettre. Les plans, les dessins, les perspectives et les propositions sont des outils pour permettre aux habitants de mieux comprendre leur espace et de faire des choix éclairés.

Un bon accompagnement ne crée pas de dépendance au professionnel. Il donne au client les moyens de décider.

Cela signifie aussi que mon rôle peut aussi être de vous dire qu’une idée séduisante n’est peut-être pas la bonne réponse à votre problème.

Parce qu’il ne suffit pas de trouver une solution qui fonctionne techniquement. Il faut encore qu’elle apporte une véritable amélioration à la manière dont les habitants vivent leur intérieur.

6-  Et si le projet évolue pendant le chantier ?

On pourrait imaginer qu’un projet bien conçu est un projet dans lequel tout a été décidé à l’avance et qui sera ensuite réalisé exactement comme prévu. Dans la réalité, un chantier confronte toujours les idées à l’existant.

Une contrainte technique peut apparaître, un matériau peut ne plus être disponible, une dépense peut conduire à revoir les priorités. Un artisan peut aussi proposer une autre manière de faire. Il faut alors décider : accepter, adapter, maintenir le choix initial ou parfois renoncer à une partie de ce qui avait été imaginé.

C’est précisément dans ces moments-là que le travail de réflexion réalisé en amont prend tout son sens. Parce que lorsque l’on a compris pourquoi une circulation a été modifiée, pourquoi une pièce a changé de fonction, pourquoi un rangement se trouve à cet endroit plutôt qu’à un autre, on ne dépend plus simplement d’une solution dessinée sur un plan. On connaît les raisons qui ont conduit aux choix.

Cela permet de regarder les propositions qui apparaissent en cours de chantier avec davantage de clarté. Une modification peut être pertinente parce qu’elle respecte les principes qui avaient été définis. À l’inverse, une solution techniquement séduisante peut être écartée parce qu’elle remet en cause ce que l’on cherchait précisément à améliorer.

Le projet peut donc évoluer sans que l’on perde son cap. Et c’est, à mes yeux, l’un des intérêts majeurs d’une conception : ne pas seulement décider à l’avance, mais donner les moyens de décider lorsque tout ne se passe pas exactement comme prévu.

7- Et si la vraie valeur d’une étude se révélait après mon accompagnement ?

Je pense à C. et K. et à une photographie très simple : celle de leur miroir d’entrée, prise par C. avec son téléphone. Elle me l’a envoyée quelques mois après la fin de mon accompagnement, pour me donner des nouvelles. Je l’ai partagée sur les réseaux sociaux quelques jours plus tard.

Ce n’est pas une photographie de projet réalisée pour montrer un intérieur parfaitement cadré. C’est une habitante qui photographie son propre reflet dans son propre intérieur, avec les cartons encore présents et le pot de peinture qu’elle vient de passer dans cette entrée.

Et pourtant, cette photographie raconte quelque chose d’important pour moi. Au cours de leur chantier, C. et K. ont adapté certaines choses par rapport à ce que nous avions imaginé ensemble. Ils ont fait des choix différents, parfois même réalisé eux-mêmes certains aménagements. Et lorsqu’ils m’ont montré le résultat, ils avaient presque l’air de s’en excuser.

Mais ils n’avaient aucune raison de le faire.

Ce qui m’intéressait, ce n’était pas qu’ils reproduisent fidèlement une étude de potentiel. C’était qu’ils aient compris la réflexion qui avait conduit aux propositions, qu’ils aient identifié ce qui était important pour eux et qu’ils puissent ensuite faire leurs propres choix avec sérénité.

Le projet initial n’avait donc pas perdu son utilité parce qu’il n’avait pas été réalisé exactement comme prévu. Au contraire : la réflexion avait continué à les accompagner au-delà des plans.

C’est peut-être cela, finalement, que j’entends par appropriation. Pas simplement habiter un intérieur conçu pour soi, mais être suffisamment au clair avec les raisons de ses choix pour pouvoir ensuite le faire évoluer, l’adapter, parfois même faire autrement.

Finalement, est-ce si important d’avoir eu une bonne idée au départ ?

Vous l’avez compris finalement : je ne suis pas là pour vous apporter des idées à la chaîne, ni pour valider celles que vous avez déjà. Je suis là pour comprendre ce qui se joue derrière ces idées, questionner ce qui semble évident et vous aider à faire des choix qui aient réellement du sens pour votre manière d’habiter.

En fait, mon rôle est subtil : questionner ce qu’on ne questionne plus, regarder ce que l’on ne voit plus, mettre en relation des éléments que l’on pensait séparés, questionner quelques évidences… et enfin seulement, explorer des possibilités que l’on n’avait peut-être pas envisagées.

Je peux finir par construire un dossier complet avec des plans, des dessins, des matériaux et des solutions. Mais avant tout cela, il y a les questions – mais les bonnes questions – qui permettent de poser un autre regard sur les véritables problèmes à résoudre.

Je vous emmène faire ce détour, je vous invite à prendre ce temps de la réflexion, et cela va vous permettre de dérouler ensuite votre projet sereinement. Parce que vous verrez enfin clairement les caps à tenir, quoi qu’il arrive, pour réaliser vos aménagements.

Et ça, lorsque l’on est habitué à son intérieur, lorsque notre vie a changé ou lorsque trop de possibilités rendent les décisions difficiles, c’est souvent exactement ce dont on a besoin pour faire avancer un projet avec sérénité. Parce au bout du compte, votre intérieur devra répondre à votre manière d’habiter. Et celle-ci est toujours singulière.

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